Le blog présente la presse et l’actualité de NOLWENN FALIGOT ainsi qu’une série exclusive d’articles avec un point de vue singulier sur la mode, l’art et la culture ; en Bretagne, dans les Pays Celtes et au-delà.

ABÉCÉDAIRE DE LA MODE BRETONNE

Dans ce petit Abécédaire de la mode bretonne, j’ai recueilli des mots et expressions, – d’emploi fréquent ou rare –, dans les trois langues d’usage de la presqu’île armoricaine : le breton, le gallo et le français. Lesquelles se sont influencées mutuellement dans le parler des stylistes, des brodeurs et brodeuses, des couturiers, des modistes des champs et des villes. Cet abécédaire, loin d’être exhaustif, sera évolutif. Que ses lectrices et ses lecteurs n’hésitent pas à nous envoyer des suggestions pour l’enrichir.


A


Anne de Bretagne
Anne de Bretagne, estampe ©Archives départementales du Morbihan

On pourrait écrire un livre sur la garde-robe de la femme la plus célèbre de Bretagne, souveraine du duché indépendant avant de devenir deux fois reine de France [1477-1514]. Une importante bibliographie et iconographie nous donne une idée de la façon dont elle se vêtait. Mais surtout les inventaires de sa maison nous indiquent combien elle était raffinée dans sa toilette, l’usage de ses parfums, et le choix de ses atours. Un petit aperçu offert par Geneviève-Morgan Tanguy dans son Anne de Bretagne, jardins secrets. On usait de toile de Hollande pour concevoir ses capes et tourets de front (coiffe avec un voile couvrant le front), ses chemises et ses brassières (soutiens-gorge).

Ses habillements d’apparat comprenaient une jupe, un corsage et une cape bretonne – en sept exemplaires – en velours violet, satin cramoisi, damas tanné ou noir, satin tanné doré et un de drap d’or raz vert. La fourrure occupe dans le costume une place importante garnissant non seulement le corsage mais aussi la jupe. Les hermines étaient employées à toutes ses fourrures : soixante-dix peaux d’hermine étaient semées sur une de ses robes ; sept cent garnissaient un habillement complet de velours cramoisi ; huit-cent-vingt en garnissaient une autre, y comprenant le manteau.

Mais est-ce si surprenant puisque l’hermine était le symbole de son duché de Bretagne ?

À travers les siècles, le nom de la duchesse Anne a été associé à d’autres aspects de de l’habillement : ce fut, par exemple, l’enseigne d’un magasin de mode dans les années 1950 dans Brest en reconstruction.


B


Bâche

(gallo) Blouse de fil en usage dans les campagnes.


Bachi

(de bâche) Argot du 19eme siècle de Brest signifiant casquette, venant du celte bascauda selon Francis Favereau dans son livre Celticismes, les Gaulois et nous.


Basin

Étoffe à chaîne de fil (lin ou chanvre) et trame de coton - d’abord appelé bombasin, de l’italien bambagino "coton" . Toile unie et croisée, à côtes, rase ou à poils.


Batiste

Toile de lin très fine et très blanche souvent utilisée pour la confection des coiffes anciennes.


Bauzer

"Piécette" ou bavette de tablier, notamment dans la région de Pontivy.


Béguin

Type de coiffe nouée au menton appelée en breton Kabellek.

C’est parce qu’on porte la coiffe serrée qu’on est entêté, et qu’on jette son dévolu sur une personne. Et ainsi on doit à Jean-Jacques Rousseau l’expression "avoir le béguin pour quelqu’un".

À ne pas confondre avec le mot breton begin qui signifie "habit de deuil"…


Bered

Béret de marin.


Berlinge - Berlingue

Étoffe à chaîne de fil (lin ou chanvre) et trame de laine, qui se fabrique en Bretagne (Irvillac, Guingamp, Josselin, etc.). En fonction des lieux et de ses spécificités la berlinge porte différents noms : droguet, futaine ou garrot, ou bien encore les très résistantes ferlik (tissée à la ferme) et le pilpous de Plougastel. Retrouvez des exemples de berlinge dans l’article de ce blog sur le lin.


Goémonieères de l'Île de Sein, la vieille dame et une des jeunes filles portent des berrvanchoù de couleur opposée par-dessus leur corselet coll.Villard ©Musée de Bretagne


Berrvanchoù - Berr Manchoù

Mot-à-mot "manches courtes", paire de manches amovibles portées par les femmes, souvent pour le travail, pour protéger leur camisole, réchauffer leurs poignets, etc. En effet, ces manchons en coton, en lin ou en laine peuvent se porter par-dessus ou dessous le vêtement. À Plougastel, les berrvañchoù, en laine crochetée, peuvent se porter sous l’hivizenn.

Les berrvañchoù, en tulle brodé ou en dentelle blanche sont quant à elles des accessoires d’apparat.

Mancheo fausses manches de dentelle en Pays vannetais.









Biœvi

(Gallo) teindre en bleu.


Bigouden

Coiffe de coton ou de lin portée par les femmes de Pont-Labbé et sa région (pays Bigouden).

Selon une légende, les Bigoudènes auraient élevé leur coiffe pour protester contre le fait que les forces armées de Louis XIV, au cours de l’insurrection des Bonnets rouges en 1675 (voir plus bas), avaient fait tomber les clochers des églises de communes révoltées.

En réalité, la coiffe bigoudène semble être apparue à la fin du 18e siècle (la première représentation de la coiffe bigoudène est apparue dans Voyage dans le Finistère de Jacques Cambry en 1798) et elle a vraiment pris de la hauteur un siècle plus tard et ce jusque dans les années 1980.

Deux jeunes bigoudènes de Pont-L'Abbé au Guilvinec, vers 1900, photo de Paul Géniaux, ©Musée de Bretagne

Bonnet

Boned, petite coiffe de toile portée sous la grande coiffe d’où boned blev, bonnet de cheveux.

Le bonnet est aussi porté par toutes les filles et tous les garçons à travers la Bretagne. Les garçons endossent le costume d’homme vers l’âge de 6-7 ans (parfois même 4 ans selon les endroits), quant aux filles, elles gardent le bonnet jusqu’à leur première communion (vers 12 ans) ou plus tardivement selon les endroits.


Bonnets rouges - Bonedoù Ruz
Homme de Plougastel portant son bonnet Chigovi (bonnet rouge) et son kabig gwenn (voir kab an oad) photo ©Bernard Galéron dans le livre "Costumes de Bretagne" de Marie-Paule Piriou (ed. Le Télégramme).

La révolte des Bonnets rouges contre le papier timbré sous Louis XIV, a son origine vestimentaire dans le Poher, et particulièrement à Carhaix où cette coiffure fait partie du costume masculin local. Le bonnet rouge - aussi appelé Chigovi - est porté par les hommes de Plougastel avec leur costume en lin blanc.

Par contraste les bonnets rouges du pays bigouden portaient un bonnet…bleu !

Ce qui transparait dans les courriers de la Marquise de Sévigné : "On dit qu’il y a cinq ou six cents bonnets bleus en Basse-Bretagne, qui auraient bon besoin d’être pendus pour leur apprendre à vivre ". (Lettre de Paris envoyée par la marquise de Sévigné à sa fille Madame de Grignan, le 3 juillet 1675).



Boten bragoù

Double bouton du Bragoù braz, souvent en buis ou en métal décoré, servant à maintenir le pantalon à la ceinture.


Botoù Koad

Le sabot en bois, botez koad (ou botez koëd en Vannetais et bouëton ou sabiaou en gallo) étaient la chaussure par excellence, robuste, économique et protégeant du froid et de l’humidité.

Différents sabots étaient aux pieds en fonction des régions, des métiers et bien sûr des événements. On portait, par exemple, les Botoler, souliers en cuir orné d’une boucle métallique pour les cérémonies ou les Botoù plouz (chaussures de paille souvent doublé en peau de lapin) dans l’intimité familiale.

Les Botoù kinoù sont les tiges de cuir ou de toile huilée ajoutées sur les sabots des marins pour garder les pieds au sec.



Derniers bragoù braz de Plonévez-Porzay, l'homme de gauche porte un bragoù ridet et un gouriz en tissu, les deux portent des gamchoù aux bas des jambes ©Musée de Bretagne

Bragoù

Bragues, Braguez, culotte (en 1633). Brigis en gaélique.

Très vieux mot celtique qui survit dans les mots "braie" et "braguette" en français ou brayette en gallo de Vitré.

Bragoù Braz : pantalons bouffants en laine et/ou en chanvre, ainsi décrits par René-Yves Creston : "grande culotte bouffante s’arrêtant au genou, portée avec des guêtres de laine."

Le linguiste Mikael Madeg signale le surnom donné à des hommes du Léon "Bragez dirouvenn" (pantalon sans pli) qui souligne "l’élégance vestimentaire qui nous vient de la ville de St-Pol" (voir son ouvrage Le livre des surnoms du Léon).

D’autres variantes existent comme le Bragoù berr, l’équivalent des braies de Haute-Bretagne, des culottes qui s’arrêtent également sous le genou mais sont bien plus étroites. À l’inverse, on peut également citer le Bragoù ridet, entièrement plissé (plus volumineux).


Broz

Jupe - Bros en gallois.

Jupe (le plus souvent noire) de satinette plus ou moins couverte de velours de même couleur avec parfois des broderies sur la partie supérieure ou inférieure. Broz désigne aussi une jupe de drap de laine ornée dans le bas de bandes de broderies ou de galons appliqués.

Brozioù berr : Jupes courtes


C


Câline

Coiffe plissée de travail, de la région nantaise et notamment de Piriac-sur-Mer, en presqu’île de Guérande, au début du XXe siècle.


Camys

Selon le glossaire cornouaillais-insulaire d’Aurélien de Courson (1843), le mot armoricain Camys, apparenté au cornouaillais cams signifie "aube" et aurait donné le mot camisole. Et pourquoi pas "chemise" ? Ou une "ch’minze" comme on dit en gallo ?


Caneçon

Culotte de lin du paludier de Guérande. À rapprocher de Keun’sson, – caleçon – du gallo du pays de Fougères-Vitré.


Chal

Le Châle "tapis" est le châle fabriqué dans la région lyonnaise et commun à toute la Bretagne médiane. Le châle est porté dans de nombreux costumes de Haute-Bretagne et dans le Léon. Le chal fringou a de longues franges, tandis que le chal torbot de l’île de Sein est de laine noire.


Chikolodenn

Nom de la coiffe des femmes de la région de Saint-Pol-de-Léon, à l’architecture très simple, et par extension nom souvent donné aux Bretonnes de cette région léonarde. Du terme chinkgolodenn, littéralement "couverture du menton" du fait des anciennes barbes qui venaient se nouer sous le menton.


Chrémeau

Petit bonnet dont on coiffe les enfants, après les onctions du baptême. En breton : Kabel vadez (H. du Rusquec, 1886), en gallo: krémé.


Chupenn

Étonnement, un emprunt au mot "jupe". Veste courte pour hommes, avec ou sans manches, possédant ou non des poches.

Par contre, il n’est pas souhaitable de porter le chupenn ar prefed (du préfet), car c’est …la camisole de force ! Mais plutôt le chupenn velen (le maillot jaune) si l’on est Louison Bobet ou Bernard Hinault. Et comme disait Martial Ménard (Ouest-France, 4 octobre 2015), peñseliat e chupenn (rapiécer sa veste), c’est "tailler un costard à quelqu’un".


Ciré

Le ciré jaune de Guy Cotten, créé à Tregunc en 1964, d’abord conçu pour les gens de mer, est devenu le symbole des vacances heureuses des touristes, avec leur marinière et leur épuisette, en premier lieu en Bretagne dans ces années 1960-70.

Au point qu’on pouvait dire :"Tiens, il risque de pleuvoir… je vais mettre mon Cotten !", même si d’autres marques comme Armor lux, Saint James ou Petit Bateau, etc., n’ont pas dédaigné concevoir et réaliser à leur tour ce genre d’imperméable indémodable.



Une diversité de coiffes bretonnes, dessin de Prosper Saint-Germain, paru dans les Français peints par eux-même en 1841 © Musée breton, Quimper

Coiffe

Koef en breton. Couëffe en gallo.

Il existe des dizaines de coiffes, originaires de tous les territoires de Bretagne, comme Saint-Pol-Roux l’écrivait si bien, la Bretagne l’Ancienne à la Coiffe Innombrable. Un même terroir peut avoir une, deux, voire trois coiffes différentes. Une coiffe pour le quotidien, une autre pour les événements et parfois une troisième coiffe pour exprimer le deuil.

Nous n’allons pas mentionné toutes les coiffes ici, mais plutôt aborder certains types de coiffes.

La Koef Bras est une grande coiffe de sortie.

La Koef-blev (coëf-bléo) est une sorte de bonnet qui se pose directement sur la tête laissant les cheveux tomber sur les épaules en passant sous le bonnet.

La Koef Du (la coiffe noire), ce peut être dans les îles une coiffe de deuil, mais Mikael Madec signale dans le centre Léon, une bonne du curé (une karabassen) qui porte ce surnom.

Curieusement, pour la coiffe de deuil, on a utilisé kouricher mot dérivé de gouriz, la ceinture, selon le Vocabulaire breton-français de Le Gonidec (St-Brieuc, 1860) et le dictionnaire français-breton de H. du Rusquec (Morlaix, 1886).

Kouifet : petite coiffe.


Créées

Toile de lin qui se fabrique à Morlaix et aux environs, parmi les plus fines toiles de lin avec celles de Plougastel, Landerneau et Daoulas avec lesquelles on confectionnait les chemises et serviettes. Le nom de Créée vient d’ailleurs du breton Krez qui signifie "chemise" (tricot de corps, maillot).


D


Deuchaffreu

En gallo, une personne peu soigneuse de ses vêtements déchirés. Ils n’ont pas juste un "accro ", petite déchirure dans la même langue gallèse.


Dilhad Mod-Kozh

Ou Dillad - "Vêtement à l’ancienne mode" : Costume traditionnel datant au plus lointain du XVIe siècle.

Illustrés par la richesse de leurs tissus et de leurs broderies : de Pont-L’Abbé et du pays bigouden, de Pont-Aven et du pays de l’Aven, de Quimper et du pays glazik ; de Châteaulin, en pays rouzik, d’Elliant en pays duik, de Pontivy du pays des moutons blancs, de Guérande, pays des paludiers, de Plougastel-Daoulas, pays des fraises et du pays pourlet du côté de Guéménée-sur-Scorff.

À noter que díllad, dans l’île d’Ouessant signifiait des "hardes" encore au début du XXe siècle, ce qui est nettement moins valorisant.


Douettée

En gallo, fil de laine ou de lin d’une longueur d’un doigt.


E


Empreinte

La célèbre marque brestoise de sous-vêtements est spécialisée pour les femmes aux formes généreuses (avec des collections complètes de soutiens-gorge de 85 à 115 avec des bonnets du C au G). Entreprise fondée en 1956 à Brest dont on peut voir l’épopée retracée dans le film Les dessous de Brest .

J’ai eu la chance, il y a bien longtemps, d’y faire un stage au cours duquel j’ai pu observer et comprendre comment concevoir et fabriquer un soutien-gorge : une belle expérience.


Étoffe

Étoffe (des choses) en Bretagne.

"En ce pays, la première chose qu’ils font (les hommes) est de délier leurs chausses ; ceux qui ne le font pas sont habillés d’une étrange façon. La mode de boutonner le justaucorps par en bas n’y était pas encore établie ; l’économie est grande sur l’étoffe des choses, de sorte que tout est dans la dernière négligence."

Lettre de la marquise de Sévigné, citée in Léon de Brière, Madame de Sévigné en Bretagne, Hachette, 1882.


F

Fale

En gallo, une fale est une sorte de poche obtenue par un pli du vêtement, comme le signale André Gorguès dans son petit glossaire de gallo, annexe à son recueil de scènes d’autrefois sur la côte de Fréhel, Brin de Bruyère, odeur du temps (Rennes, 1986).


Portrait d'une jeune fille de l'Aven. Cette giz avec sa parure sculpturale est l'une des plus complexe à préparer pour les repasseuses, une technique particulière à l'aide de pailles de fétuque est nécessaire. Roderic O'Connor, vers 1890 (DR)

Ferourez

Repasseuse de coiffe, aussi appelée ampeserezed dans le pays de l’Aven. Les secrets du repassage se transmettaient généralement de mère en fille : les astuces de lavage, la recette de l'amidon, etc.


Fil

Jusqu’au 19e siècle, le mot fil désigne toujours du lin ou du chanvre et quand il s’agit de coton on le précise. On appelle fils bas-bretons, des fils blancs qui viennent de Morlaix.


G


Gamachoù

Gamaches (en Haute Bretagne) ou guêtres pour les hommes : pièces de tissu lacées ou boutonnées sur le bas des jambes, portées avec un bragoù s’arrêtant sous le genou.


Giz

Mode en breton.

Recueilli par le Trégorrois Jules Gros (Le trésor du breton parlé) un proverbe indique la diversité des modes et des vêtements en Bretagne :

Kant bro, gant giz Cent pays, cent modes

Kant parrez, kant iliz Cent paroisses, cent églises

Kant plac’h, kant hi~viz Cent filles, cent chemises


Illustration de l’artiste Jean-Yves André, dans Mikael Madeg, le livre des surnoms du Léon, Emgleo Breiz, Brud Nevez, 1989 (DR)

On dira une fille vêtue à la mode de Fouesnant : ur plac'h gwisket e giz Fouen, alors qu’elle porte une des coiffes les plus connues hors de Bretagne avec ses grandes ailes recourbées.

Giz an hañv : collection d’été. On dit aussi Giziaoueg, pour évoquer une collection de mode.

Dans ses livres sur les surnoms bretons, Mikael Madeg donne l’exemple de la fille du meunier surnommée Félicité Mode de Paris (Felisite giz Pariz) : "Il semble que la mode, de Paris bien entendu, ait exercé une véritable tyrannie sur toutes les jeunes Léonardes éperdues de francisation et d’urbanisation, synonymes de vie facile et de réussite sociale, pendant les longues décennies entre le moment où elles abandonnaient les costumes typés et celui où leurs filles adoptèrent des usages plus décontractés venus d’Outre-Atlantique."

Le fait qu’elle ait été fille de meunier n’est pas accessoire. Souvent d'une certaine aisance financière, leurs filles avaient moins que d’autres l’occasion de se salir .



Glazig - Glazik

Littéralement "Petit bleu", mode masculine de Quimper et par extension, le pays où il est porté. Dans Costumes de Cornouaille, Katherine Hentic nous raconte l’origine de ce drap bleu : "Au lendemain des guerres de l’Empire, l’intendance militaire se débarassa des vieux stocks de drap d’uniforme que des colporteurs achetèrent aux magasins militaires de Brest. Ils trouvèrent à Quimper des amateurs enthousiastes" Guide Heimdal-Breizh, 1981.


Gouriz

Du haut-breton guocris (proche de l’irlandais crios, voir l'article de ce blog sur la mode irlandaise), le gouriz est une large ceinture de tissu que portent les hommes (notamment en Cornouaille Nord, par exemple à Plougastel, mais aussi dans le Haut Léon). Aussi appelé turban, cette longue écharpe de laine ou de coton s’enroule autour de la taille en la serrant bien fort…

Un autre type de gouriz est porté avec le Bragoù braz, en particulier dans le pays glazik et en Cornouaille Sud, il s’agit d’un large ceinturon de cuir naturel avec une boucle en métal (en laiton ou cuivre, gravée ou non). De nos jours, des gouriz au fermoir gravé de motifs celtiques sont réalisés à Quimper, par le joaillier Toulhoat.

À noter que sur l’île d’Ouessant on donnait autrefois le nom de gouriz à une ceinture portée sur une robe pour les enfants, de l’un ou l’autre sexe.

Une expression bretonne Kemered ar gouriz plouz : se promener avec une ceinture de paille autour des reins, c’est tout ce qui vous reste quand on a fait banqueroute. Par contre sur la route, le gouriz-surentez est la ceinture de sécurité…


Guipure

Dentelle de fil (lin ou chanvre) ou de soie dépourvue de fond en mailles larges rebrodées.

Le picot bigouden est dérivé de la guipure d’Irlande, dentelle au crochet qui remplaça au XIXe siècle les coûteuses dentelles à l’aiguille ou aux fuseaux. Cette dentelle est composée de motifs reliés entre eux par un fond avec des picots.

Le picot, né de la crise sardinière qui frappa les côtes bretonnes à partir de 1902, permit à de nombreuses familles de pêcheurs d’échapper à la misère.


"Les Motiveuses", Femmes de Plouhinec travaillant la guipure d'Irlande ©Musée de Bretagne

H

Hannes - Hanneu

(en gallo, mais dérivé du breton hano ou han) culotte, pantalon. À l’ouest de Rennes on dit "Braies".


Hiviz – Giviz - Hiñviz

Chemise de femme fermée.

L’Hivizen est une courte veste cintrée sur l’arrière, portée pour les grandes cérémonies à Plougastel-Daoulas, mais en pays vannetais c’est un jupon.


J


Jiletenn

Gilet masculin ou féminin, avec ou sans manches. Le Jiletenn dindan est le gilet de dessous (porté sous la veste). Selon les terroirs on peut porter plusieurs jiletenn dindan.

Le gilet des hommes portait deux sortes de décor : très riche pour le dimanche, sobre pour tous les jours de la semaine. On le boutonnait donc, selon les circonstances, soit à droite, soit à gauche.


Justenn – Chustinen

Ou Justin en gallo – Corsage féminin à manches longues, plus ou moins ajusté, qui peut parfois être double ou triple. La canotière est le corsage cancalais, tandis que le colletin est le justin de Mûr-de-Bretagne.

Le Justinenn est un gilet féminin d’Ouessant.


K


Pêcheur de Brignogan portant un kalaboussen sur sa tête, 1903, édition Villard, ©Musée de Bretagne
Capuche réversible de ma collection Chapitre Premier inspirée du Kalaboussen, ©Charlaine Croguennec

Kalaboussen - Karaboussen

Couvre-chef des travailleurs de la mer des côtes léonardes (nord-Finistère), principalement en pays pagan mais aussi jusqu’à Roscoff. Creston évoque aussi un genre de passe-montagne porté du côté de la Roche-Maurice (Finistère). Les Paganiz (pays pagan) se protégeaient ainsi des intempéries, avec cette cagoule, sa visière et sa pèlerine qui couvre les épaules en descendant en pointe dans le dos.

Une variation : Carapousse, le nom donné aux casquettes au début du XIXe siècle. Victor Hugo – lui-même nantais par sa mère, dont l’épouse était aussi nantaise et la maîtresse fougeraise – utilise le mot Carapoue dans Notre-Dame de Paris.


Kab an oad

Cette veste courte en drap de laine foulé (feutré) et à capuche a donné le mot caban. Vêtement de travail masculine des goémoniers et marins du pays Pagan, autour de Kerlouan et Guissény. Le kab an aod ("manteau de grève" ou littéralement promontoire ou cap de la côte) est aussi appelé kab gwen du à sa couleur écrue (visible de loin). Une version en lin blanc (accompagné d’un pantalon assorti) est portée à Plougastel-Daoulas . En 1950, l’un des Seiz Breur, Marc Le Berre lance à Quimper la commercialisation d’un authentique kab an oad.

Devenu le kabig pour les gens de la ville.


Pêcheur à pied de Kerlouan, vêtu d'une forme de "kab gwenn" ou "kab an aod" Estampe, Hippolyte Lalaisse, Extraite du recueil de lithographies de costumes " La galerie Armoricaine" 1844, ©Musée de Bretagne

Kabig

Vêtement traditionnel adapté à la vie moderne à partir de 1947, notamment conçu et réalisé par la famille Le Minor à Pont-Labbé. À la demande de Marie-Anne Le Minor, un autre Seiz Breur, René-Yves Creston, dessine ,en 1951, un modèle de kabig aux couleurs de son temps.

Quatre ans plus tard, est déposé le brevet d’ "un kabig à capuche amovible avec col marinière". Les caractéristiques du kabig (et du kab an oad) sont un drap de laine tissé serré, des ailerettes aux épaules, une poche ventrale et le crantage du tissu et traditionnellement, d’une longueur mi-cuisse. Tous ces spécificités sont revisitées par les créateurs au fil des années (comme j’ai pu le faire pour ma collaboration avec Armor-Lux).

Voulant habiller leurs musiciens, les bagadoù ont adopté ce vêtement également mis en vedette en 1950 par le film de Jean Delannoy, Dieu a besoin des hommes (tiré du roman d’Henri Queffélec, Le recteur de l’île de Sein), dans lequel le pêcheur Pierre Fresnay (alias Thomas Gourvennec) porte un kabig.


Kapot

Coiffe large ou "capot". Kapuchon en pays vannetais.

Le Kapot ribot est un type de coiffe très ancien (on en trouve des traces dès la fin du 17e siècle) du pays vannetais, coiffe de coton blanc en été et de drap et velours noirs en hiver.

Le kapo braz, quant-à-lui, est une grande cape ou capote, munie d'une capuche et doublée d'une couverture cousue à l'intérieur, aussi appelée kapo-lenn (capot-couverture). C'est cape permet aux marins de s'y enrouler pour dormir lors des nuits à bord du bateau.


Capot du pays Dardoup. Ensemble de travail (environ de Chateauneuf-du-faou), 1850 ©Charles Fréger

Katiole ou Catiole

Coiffe des femmes du pays de Rennes, et d’une grande partie de la Haute-Bretagne dont Châteaugiron est le centre de fabrication le plus réputé. La grande catiole, coiffe de fête, existe de 1850 à 1900. Seule subsiste la petite catiole selon Jean Choleau (Le parler du pays de Vitré).


Kemener - Quéméner

Tailleur du village. Les tailleurs et couturiers se déplacent (jusque dans les années 1940-1950) dans les habitations pour confectionner ou raccommoder des vêtements. Cette corporation a toujours tenu une place importante au sein de la société bretonne.

Patronyme qui indique le métier du premier ancêtre qui l’a porté dans une famille : il était tailleur d’habits. Peut s’écrire Quéméner, comme la journaliste du magazine Marianne, Soazig Quéméner, ou Quéméneur comme le fameux conseiller général du Finistère, Pierre Quéméneur, disparu sans laisser de traces dans la célèbre affaire Seznec…


Kiz-ker

Expression qui signifie "à la mode de la ville" par contraste avec le "costume" traditionnel. Per-Jakez Hélias (« Le cheval d’orgueil ») se souvient du temps où il était étudiant : "Je me suis poussé moi-même hors de mon milieu. Mais, au bal aussi, nous sommes déjà à l’écart des autres, gentiment repoussés par les jeunes filles en coiffe pour lesquelles nous ne sommes plus un parti possible (allez donc inviter une kiz-ker), renvoyés aux lycéennes et aux étudiantes."


Koef

(ou Kouif) voir Coiffe


Kompèr ou Compère

(en Gallo) Corset sans manche dans le Morbihan gallo.


Korf-Broz

Ou Koumpróz, corset sans manche attaché à une jupe (notamment à Ouessant).


Coiffe de cérémonie de Baud, dite Kornek, vers 1870 (DR)


Kornek

Coiffe de Saint-Allouestre et du pays

de Baud (Vannetais). Jean Marot, l’historien de cette commune raconte : "Pour les femmes, il existait deux coiffes : la Kornek, portée lors des grandes cérémonies religieuses et des mariages, et le Capot porté tous les dimanches. " Il ajoute ; "Très sobre, la robe de velours noir mettait en valeur le tablier richement brodé (le plus souvent en point Richelieu). " (Sant Aleustr – Saint Allouestre au cours des siècles, 2015).









Kotilhenn

Jupe. À rapprocher du cotillon, "jupe de dessous de femmes du peuple" (Dictionnaire historique de la langue française). Un Kotillon en gallo. On dit un "Kotillon d’peunille", c’est-à-dire en vieille laine cardée avec une addition de laine de brebis (Jean Choleau, Le parler du pays de Vitré).


Kramailhon

Petite veste bordée de velours à Lorient.


Krapoz

Corset pour le costume féminin. Corselet sans manches du costume féminin de Plougastel-Daoulas. Le dos du krapoz est terminé par un soufflet rigide brodé, une sorte de crête nommée kilhog (ar c’hilhog, le coq) sur laquelle reposent les brides du tablier.


Ku brannou

En gallo, sobriquet de tisserand en Haute-Bretagne. Et le "Ku plat"est le tisserand à la main assis sur un banc instable.


Kuche

Passé dans le français, une cuche, en Bretagne pour désigner la queue de cheval, est la partie du bonnet qui tombe de côté dans le Léon (selon Mikael Madec). A longtemps désigné le bonnet phrygien porté en Cornouaille ou à Plougastel, le même bonnet qui à la Révolution de 1789 a été apporté à Paris par les bagnards de Brest et adopté par les sans-culottes puis porté par Marianne, effigie de la République.


L


Limestre

Toile fabriquée à Plougastel-Daoulas, du breton limestra "pourpre".


Linsel

Petite pièce de toile de lin. Le linceul qui devient un suaire que plus tard.

Dans Le cheval d’orgueil de Per-Jakez Helias.


Loerou Ruz - Chaussettes rouges

Celle qui les porte, dans le Léon, joue un rôle d’intermédiaire pour un mariage à la campagne. Dans le reste de la Bretagne, on appelle ce marieur ou cette marieuse "Bazvalan" (à cause du bâton de genêt porté symboliquement) qu’il porte lors de sa mission. Dans le pays de Guérande, l’épousée peut mettre des bas rouges pour son mariage.


Lostenn

Jupe des femmes à Plougastel dont le haut est plissé très serré (voir rides). La Lostenn-zul (du dimanche) se met pour sortir au bourg. Lostenn-hwennad se met pour travailler dans les champs de fraises. (Lan Rozmoal, Plougastell, torret e zioukastel – le "plougastell" tel qu’on le parle. Embleo Breiz, ar skol vrezoneg).

Lostenn dindan : Jupon. Aussi Gweleden ou Broz vihan (Trégor), parfois plusieurs jupons sont superposés par des femmes se jugeant trop minces.

La Lostenn est également la queue de la coiffe d’Ouessant repliée sur elle-même venant s’épingler sur le sommet de la tête.


M


Mantel - Ar vantel

Vantel : manteau de laine noire à col à poils très longs ou châle de fourrure, notamment pour les vêtements de funérailles des femmes du Bourg-de-Batz.

Le Mantelet, porté par toutes les paysannes de France dès la fin du 19e siècle. Il est porté pour le deuil à Quimper jusque dans les années 1960. Cape à large capuche en drap de laine ou en velours noir.

Une pèlerine est un petit mantelet qui couvre les épaules. Il pouvait être tricoté, réalisé au crochet ou en fourrure (appelé dans ce cas mimi).


Manchoù

(Ou Kortivech) Gilet de dessus féminin de la région de quimper – justin selon Creston – à manche aux 18e et 19e siècle puis sans manches à la fin du 19e siècle.


Marinière
Gabrielle Chanel en 1928 portant son tricot rayé avec nonchalance, dans un style androgyne avant-gardiste. (DR)

Le fameux tricot rayé est passé d’uniforme de la marine française à une pièce iconique de la mode, démocratisée par des célébrités de Pablo Picasso à Jacques Prévert ou Jean Seberg, et bien d'autres.

La première description de la chemise tricotée en coton remonte à 1858 lorsququ'il est mentionné : 21 rayures (ou raies) blanches larges et 20 ou 21 rayures bleues fines pour le corps et 15 rayures de chaque couleur pour les manches (elles sont alors d’une longueur ¾).

C’est bien sûr Coco Chanel, qui en utilisant le jersey dans ses créations - dès 1913 - impose le « style marin » à l’allure décontractée et chic. La "Breton shirt" comme la nomme les Anglais, a été revisité par un bon nombre de grands créateurs comme Sonia Rykiel, Yohji Yamamoto ou encore Yves-Saint Laurent sans oublier celui qui l’a réinterprétée dans chacune de ses collections durant des années : Jean-Paul Gaultier. La marinière semble pouvoir se renouveler à l'infini...


Mod - ar Mod

La mode. Le Bretonnant utilise de préférence le mot giz repassé en français. On dira parfois : "Une femme habillée à la guise de Bretagne". Quelqu’un de déguisé est-il à la mode ? C’est ce que dit le mot en breton : dic'hizañ – déguiser, hors de la mode.

"Ar Mod , Journal des modes bretonnes" est le titre du magazine imaginé (mais n’ayant jamais vu le jour), par Jeanne Malivel et Suzanne Creston à la naissance du mouvement artistique des Seiz Breur en 1923, voir l'article de ce blog à ce sujet : ANNÉES FOLLES POUR UNE MODE BRETONNE MODERNE

Maquette pour la revue Ar Mod par Jeanne Malivel, 1923, coll part. (DR)

Mode de Bretagne

"Il se trouve en 1867 qu’aujourd’hui les modes de Bretagne ont envahi le monde parisien ; on rencontre actuellement dans la vieille Lutèce plus de Bretons qu’en Bretagne."

Maxime Vauvert, journaliste du Monde illustré, évoque la présence des Bretons en costume à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867, où ils ont leur stand du côté des Champs-Élysées tout comme les Japonais ou les Africains. Il faudra attendre la manifestation Breizh Touch, en 2007, pour retrouver telle présence colorée.


Modenn

Mot breton venu du français ( expression de 1879) indiquant une femme à la mode de la grande ville.


Mouchouër

(en breton) Fichu ou châle. En gallo Mouchoueu ou Mouchoueu d’cou : mouchoir de col, châle ou fichu.


N


Noyales

Toile de chanvre du pays de Rennes, très résistante, utilisée pour la confection des voiles des navires. Trouve son nom dans la provenance géographique de sa manufacture : Noyal-sur-Vilaine.


O


Otoù

Hauts de chausse ou pantalon.

L’Otoù brozek est un pantalon très large en pays bigouden et l’otoù hir le fameux pantalon à pont, sans braguette, avec rabat boutonné.


P


Paltok - Paletot

On dit que le mot breton Paltog ou Paltok, viendrait du français, lui-même de l’anglais Paltok (terme du 11e siècle). Cependant le mot breton a peut-être suivi le circuit inverse, venant en ligne directe du brittonique, langue matricielle du breton (avec le gallois et le cornique), vers le français.

Dans son dictionnaire de 1860, Le Gonidec traduit Paltôk par "surtout, habillement".

Dans le Barzaz Breiz de Hersart de la Villemarqué, la gwerz (complainte) intitulée La fiancée de Satan (Ar plac’h dimezet gant Satan) contient ces vers :

Hag eun tok-houarn aour war he benn Un casque se trouvait sur sa tête

Hag eun paltok ruz war he gein Et un paletot rouge sur son dos


Au milieu des années 1860, le thème breton fait une incursion remarquée dans la mode parisienne, à travers le paletot. Le paletot breton est une veste simple ornée de broderies, à col rond, fendue au bas du dos et aux côtés. Les maisons Jacob à Quimper et Lévy à Brest sont les principales manufactures des paletots bretons.